INHABITÉ

Note d’intention

Il y a des lieux que l’on continue d’occuper
alors que l’on s’en est retiré depuis longtemps.

Des espaces que l’on traverse par habitude,
sans y être vraiment présent.

Des gestes qui persistent,
des murs qui tiennent debout,
des corps qui se déplacent
sans point d’ancrage.

Le monde est toujours là.
Fonctionnel.
Stable en apparence.

Mais quelque chose ne répond plus.

Comme une maison éclairée
dont les pièces seraient restées ouvertes,
mais désertées de l’intérieur.

Une maison où l’on circule encore,
sans jamais s’y arrêter vraiment.

INHABITÉ prend place dans ces zones incertaines.

Là où les repères se sont déplacés,
où le centre s’est dérobé sans bruit,
où l’identité ne se brise pas,
mais se fragmente lentement.

Ce n’est pas un cri.
Ce n’est pas une rupture visible.

C’est une présence sourde.
Diffuse.
Persistante.

Une présence qui accompagne les gestes
sans jamais les orienter.

Qui laisse les corps avancer
sans leur offrir de direction claire.

Les images ne cherchent ni à expliquer,
ni à réparer,
ni à résoudre ce qui est en suspens.

Elles observent.

Elles se tiennent à distance,
dans un retrait attentif,
là où l’on continue d’agir
alors que quelque chose, intérieurement,
s’est déjà déplacé.

Ce qui les intéresse,
ce n’est pas l’événement,
mais ce qui reste après.

Ce qui persiste
quand le sens se déplace,
quand les repères habituels
ne suffisent plus à contenir l’expérience.

Les corps apparaissent sans ancrage clair.
Présents,
mais non installés.

Les lieux demeurent fonctionnels,
encore utilisables,
mais cessent d’être pleinement habités.

Ils deviennent des surfaces silencieuses,
des espaces de projection involontaires,
où l’état intérieur
trouve à se déposer
sans être nommé.

Les situations se tiennent dans un entre-deux.

Ni commencement,
ni fin.
Ni rupture,
ni continuité affirmée.

Le temps, ici, ne progresse pas.
Il se suspend.

Les images pourraient appartenir
à un avant ou à un après,
sans que cela puisse être déterminé.

Elles ne cherchent pas à situer,
mais à maintenir cette indétermination,
comme un espace respirable.

INHABITÉ n’est pas un récit.
Ce n’est pas une histoire à suivre.

C’est un état.

Un état transitoire,
instable,
parfois inconfortable,
où l’on continue pourtant d’avancer.

Une manière d’être là,
sans s’y reconnaître entièrement.