Habiter le regard
Mon travail photographique s’inscrit dans une recherche autour de la présence, de l’espace et des états intermédiaires.
Je m’intéresse à ce qui continue d’exister lorsque quelque chose s’est déplacé intérieurement, des lieux encore fonctionnels mais inhabités, des corps présents sans ancrage clair, des situations où le monde reste debout alors que le centre ne répond plus.
La photographie est pour moi moins un moyen de raconter qu’un outil d’observation.
Je ne cherche ni à expliquer ni à résoudre, mais à rendre visibles des états discrets, souvent silencieux, qui échappent aux récits évidents. Ce qui m’importe n’est pas l’événement, mais ce qui persiste en arrière-plan, la trace, la suspension, l’écart entre ce qui est là et ce qui est pleinement habité.
Mon approche privilégie une forme de retenue.
Les images ne sont pas conçues comme des réponses, mais comme des espaces ouverts, où le regard peut s’attarder sans être guidé. Je travaille avec des éléments ordinaires, des lieux, des corps, des gestes simples, en cherchant à déplacer légèrement leur centre de gravité, afin de laisser apparaître ce qui, habituellement, demeure invisible ou secondaire.
Les projets que je développe ne suivent pas une progression linéaire.
Ils s’inscrivent dans une recherche au long cours, par états successifs, par traversées, par variations autour de préoccupations récurrentes. Chaque série est autonome, mais participe d’un ensemble plus large, où les notions de seuil, d’absence, de continuité et de présence diffuse se répondent.
Mon travail s’adresse à celles et ceux qui prennent le temps de regarder, sans attente de résolution immédiate.
Il ne cherche pas à provoquer, ni à séduire, mais à proposer un espace de perception ralenti, où l’image devient un lieu possible d’attention et de projection.
Je vis et travaille en Suisse.
Mon travail est développé de manière indépendante, entre projets personnels, recherches visuelles et collaborations ponctuelles.
La photographie est pour moi une manière d’habiter le monde autrement, même lorsque cet habitat reste partiel, fragile ou transitoire.