Démarche
Ma démarche photographique s’inscrit dans une recherche au long cours, construite par états successifs plutôt que par narration linéaire.
Je travaille à partir de situations ordinaires, de lieux fonctionnels, de corps présents, en m’intéressant à ce qui se joue lorsque l’évidence se retire : lorsque quelque chose continue d’exister sans être pleinement habité.
Le point de départ n’est jamais un récit à illustrer, mais un état à observer.
Je photographie des espaces, des gestes et des présences qui ne se signalent pas d’eux-mêmes, qui ne cherchent ni à attirer l’attention ni à produire un effet. Ce qui m’importe se situe souvent en arrière-plan : un déplacement imperceptible, une tension faible, un déséquilibre discret entre ce qui est visible et ce qui se vit intérieurement.
Observer plutôt que raconter
La photographie est pour moi un outil d’observation avant d’être un moyen de narration.
Je ne cherche pas à expliquer une situation ni à orienter la lecture, mais à créer des images suffisamment ouvertes pour que le regard puisse s’y attarder sans être guidé. Le sens n’est pas imposé ; il émerge de la relation entre l’image, le temps de regard et l’expérience propre de celui ou celle qui regarde.
Cette posture implique une forme de retenue.
Les images évitent le spectaculaire, le symbole appuyé ou la démonstration. Elles s’inscrivent dans une économie de moyens volontaire, où la simplicité formelle permet de laisser apparaître des états plus fragiles, souvent relégués à la périphérie de l’attention.
Lieux, corps, seuils
Les lieux occupent une place centrale dans mon travail.
Ils sont abordés comme des structures encore actives, mais dont l’usage ne suffit plus à garantir la présence. Ce sont des espaces où quelque chose fonctionne encore, alors même que le centre s’est déplacé.
Le corps apparaît souvent de manière partielle ou décentrée.
Il n’est pas traité comme un sujet expressif, mais comme un élément parmi d’autres dans l’espace, soumis aux mêmes tensions, aux mêmes zones d’absence ou de retrait. Le corps traverse plus qu’il ne s’installe.
La notion de seuil traverse l’ensemble de mon travail.
Seuils physiques, mais aussi perceptifs ou temporels : entre présence et absence, entre continuité et rupture, entre ce qui est visible et ce qui demeure hors champ. Les images se situent rarement dans un moment affirmé ; elles occupent plutôt des instants intermédiaires, difficiles à situer précisément.
Temporalité et continuité
Mes projets ne suivent pas une logique de progression ou de résolution.
Ils se développent par variations, par déplacements successifs autour de préoccupations récurrentes. Chaque série est autonome, mais participe d’un ensemble plus large, où les mêmes questions se déplacent, se transforment, se rejouent autrement.
Cette approche implique un rapport lent au temps.
Les images ne sont pas pensées pour une consommation immédiate, mais pour une attention prolongée. Elles demandent parfois de rester, de revenir, d’accepter une forme d’indétermination.
Une expérience de regard
Le travail que je développe s’adresse à celles et ceux qui acceptent de suspendre l’attente d’un sens immédiat.
Il ne cherche ni à provoquer ni à séduire, mais à proposer une expérience de regard ralentie, où l’image devient un espace possible de projection, de résonance et de silence.
La photographie est pour moi une manière d’habiter le monde autrement, en restant attentif à ce qui persiste lorsque l’évidence se retire.